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21

déc.

2012

Dossier sur le Street Art ou Art Urbain

L'art de rue est aussi connu sous l’appellation "art urbain" ou "street art" en anglais. L’art de rue est un mouvement artistique contemporain qui regroupe toutes les formes d’art réalisé dans la rue ou dans des endroits publics et englobe diverses méthodes telles que le graffiti, le pochoir, le graviti, les stickers ou les installations. Il s'affirme dans une diversité de pratiques que l'on ne peut strictement séparer. C'est principalement un art éphémère, qui foisonne et se renouvelle sans cesse.

L’art de rue s’inscrit dans une tradition apparue au début du 20ème siècle, à savoir une volonté manifeste de réduire l’intervalle entre l’art et la vie. Les surréalistes vont participer à la genèse de l’art urbain par l’intérêt qu’ils portent à la cité. Dans les années 60, c’est au tour des situationnistes d’apporter leur pierre dans la construction de ce phénomène, avec leur credo "la beauté est dans la rue". En 1968, les ateliers des Beaux-arts vont produire des centaines d’affiches différentes qui seront placardée dans toute la capitale, toute avec un graphisme simple, mais au sens profond. Les artistes rejoindront le mouvement et revendiqueront la création d’un art révolutionnaire, opposé à la marchandisation de l’art.

 

Dans les années 70-80, les Muraux (murales) s’inscrivent dans cette tradition. Outre-Atlantique, ceux du Mexique avec Diego RIVERA mais aussi du Chili ou plus récemment du Venezuela ou de Cuba sont les plus emblématiques. Mais plus proches de nous, l’Irlande du Nord est connue pour ses façades peintes à la gloire des militants de l’IRA par exemple. Dans les années 80, quelques artistes new yorkais commencent à investir la rue et à Paris, le mouvement punk prend le relais sur la génération soixanthuitarde. Les années 90 ont été le témoin d’une explosion des graffitis dans toutes les grandes villes du monde. Selon certains observateurs, nous serions actuellement dans une période de post-graffiti, avec un travail esthétique fait sur les œuvres.

 

Peindre sur les murs n’est pas une pratique nouvelle. Les hiéroglyphes et les dessins sur les parois rocheuses des grottes sont là pour en témoigner. Nous sommes donc dans la continuité d’une pratique très ancienne, mais qui se veut contemporaine. Paradoxe? Non. Car comme ses ancêtres, l’artiste de rue s’inscrit dans son temps et dans son environnement. Et l’environnement du 21ème siècle est sans nul doute la ville! L’art de rue s’inscrit dans un décor urbain. Développé dans les grandes villes américaines (San Francisco, New York…), il y puise toute son inspiration. Ainsi, on parle de tel type d’art crée à Chicago, ou Bansky qui serait de Bristol… On associe souvent l’artiste, un style ou une tendance à une ville.

 

Comme précisé dans la définition, l’art de rue regroupe des formes d’expression différentes:

- Le graffiti: C’est le mode d’expression le plus complexe, le plus stigmatisé et le plus incompris du public. Au même moment, la communauté de graffeur est une communauté très soudée, réunie par affinité géographique en Crew. Ses membres sont à la recherche de reconnaissance de la part des pairs et sont dans une compétition sur l’occupation de l’espace urbain.

 

- Le pochoir: Décore la ville de façon plus artistique que le graffiti, ce qui le rend à la fois plus accessible  et  plus  accepté.  C’est  un  moyen  de  reproduction  simple  et  efficace,  qui  a  un  sens politique plus identifié (chez les graffeurs, parfois seule la démarche est politique. Dans ce cas-là, l'image est autant politique que la démarche).

 

- L’affiche: Elle s’inscrit dans une longue tradition populaire. De simple moyen de communication, elle devient œuvre d'art au 19ème siècle. Elle dépasse largement le cadre des panneaux d’affichage "prévus à cet effet", pour s'accoler sur tous les supports qu'offre la ville: Cabines téléphonique, abris bus, vitrines de magasins fermés, mûrs abandonnés…

 

- Le sticker: Peut être assimilé au corolaire moderne de l’affiche. Il séduit pour son côté simple, efficace et rapide. Plus petit que toute autre forme d’expression, il épouse les nombreux recoins de la ville: Mobilier urbain, panneaux, feux, vitrines, poteaux, poubelles...

 

Le tag et le graffiti servent donc à véhiculer une pensée ou du moins un message qui est obscur ou codé. Le tag serait donc un vecteur de communication informelle dans la société.  Mais les graffeurs notent également un besoin de marquer l'espace urbain, de "laisser son empreinte", "une trace visible". De là découle une réelle guerre de territoire entre les "crew" (les bandes) qui luttent pour que leur graff soit le plus visible.

 

Les initiateurs du mouvement Street Art ont pour noms Zlotykamien, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest, ses pionniers sont Blek le rat, Jérôme Mesnager, Miss.Tic, les Frères Ripoulin,  Les Musulmans fumants, les VLP, Jef Aérosol et Nemo. Depuis la fin des années 90, avec l'arrivée d'artistes comme Shepard Fairey aux Etats-Unis, de Banksy en Angleterre, de Blu en Italie, d'Influenza au Pays-Bas, de Akayism en Suède, l'art urbain est un des premiers mouvements artistique international. Et pourtant, de part le côté mystérieux voire clandestin de certains de ces artistes, on pourrait dire qu’il s’agit d’un art sans artiste. Le cas de Bansky est le plus flagrant: C'est actuellement l'artiste de rue le plus renommé, le plus copié, le plus vendu... Sans que personne ne connaisse son identité. Et pourtant, à chaque passage dans une grande ville dans le monde, la presse s'en fait échos!

 

En s’appropriant l’espace public et la rue, l'artiste de rue s'inscrit dans une démarche ancienne de participation à la vie de la cité. C'est ce qui rend son acte doublement politique: Une première fois en s’exprimant dans la sphère publique, une seconde en véhiculant un message à connotation politique, sociale, environnementale... Or, cette dimension n’est pas reconnue par les autorités qui continuent à sanctionner l'art dans la rue. L’artiste de rue, en perpétuelles interrogations, y fait face s'adaptant et inventant toujours en lien avec ses supports.

 

Source: Eneko Gorri.

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