dim.

24

janv.

2016

Evard Munch, Le cri (1893), analyse d'oeuvre

Le Cri Edvard Munch
Le Cri (1893)

Le Cri d’Edvard Munch appartient au domaine de l’art figuratif, c’est-à-dire la représentation d’objets ou de personnes réelles. Nous remarquons que le point de fuite de cette œuvre se situe sur le côté gauche (les lignes de fuite sont les planches et la rambarde du pont), ce choix de position et le fait qu’il y ait une large bande verticale monochrome sur le côté droit du tableau nous montre qu’il est fait pour être lu de droite à gauche. Par ailleurs, l'attitude du personnage principal invite le spectateur à plonger avec lui dans cette scène d'une rare intensité dramatique, dans ce tourbillon d’angoisse et de tourments, auquel personne semble pouvoir échapper.

 

Le tableau est divisé en deux parties (la "ligne de partage" est au même niveau que la rambarde, soit en diagonale), dans la première moitié (en bas à gauche), nous apercevons un pont sur lequel il y a trois personnes, au premier plan nous avant un personnage détaillé, dépourvu de cheveux, les traits émaciés et le teint cadavérique qui se tient la tête et semble vivre la scène. En arrière-plan nous pouvons distinguer deux figures bleues et noires, leurs hauts de formes sur la tête, marcher en direction opposée, selon une note associée à l'oeuvre, le personnage "principal" en train de crier représenterait Edvard Munch lui-même.

 

La seconde partie de la peinture est en complet décalage avec la première, qui était ordonnée (par les lignes du sol) et peinte avec des couleurs plutôt sombre (montagnes d’un bleu presque noir). Elle est composée de nombreuses courbes et semble déformée, les couleurs employées sont très vives (jaune, orange, bleu), le contraste entre ces deux parties (lignes différentes, couleurs froides "la mort, le vide, l’absence de vie" et chaudes "feu, au sang et à la souffrance") rajoute encore à la tension et montre ici la folie de Munch qui s'est représenté dans ce tableau, d"une façon complètement déshumanisé, ressemblant plus à une figure fantomatique tourmentée ondulant dans les airs qu'à un être vivant.

 

L’histoire que l'on raconte sur ce tableau est qu’Edvard Munch aurait, lors d’une promenade dans les fjords (paysages scandinaves) avec deux amis, eut une sorte d’hallucination visuelle ("soudain le ciel devint rouge sang") et auditive ("j'ai entendu un cri infini déchirer la Nature"), bien qu’elles puissent être en vérité les conséquences de l’éruption le 17 août 1883 du Krakatoa (un volcan indonésien), dont le bruit de l’éruption aurait pu être entendu par Munch et dont les cendres auraient pu changer les caractéristiques optiques du ciel et lui donner cette couleur sang et ses courbes sinueuses. Dix ans plus tard donc, le peintre aurait décidé de retranscrire cet épisode traumatisant de sa vie et l'anormale intensité colorée du ciel observé dans Le Cri.

 

D'ailleurs, le fait que le personnage principal du Cri se tienne la tête montre qu’il est auditeur et non pas émetteur du Cri, sa bouche et ses yeux grand ouverts montrent le désespoir, la panique et l’incompréhension vis-à-vis de ce phénomène, ses deux amis situés en arrière-plan qui tournent le dos à Munch montrent la solitude de Munch dans cet événement ("il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville - mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d'anxiété"). Nous pouvons ainsi dire que la composition et le choix des couleurs dans ce tableau montrent l’angoisse et la panique du peintre lors de cette terrifiante expérience qu'il a vécu.

 

A cet instant, Edvard Munch ne savait plus faire la part entre le réel et l’imaginaire, cela peut d’ailleurs se voir dans ce tableau car le personnage principal est situé dans les deux "parties", la partition s’est d’ailleurs faite au niveau du cou, sa tête se retrouve donc dans la zone "imaginaire". A travers son Cri, Edvard Munch traduit ses obsessions de la mort et invente le style de l’angoisse. Cette oeuvre exécutée en 1893 est un exemple typique de l’expressionnisme qui traduit l’acte par lequel l’homme se délivre de ses terreurs.

 

Source: EnterIePremier

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