mer.

02

nov.

2016

Giorgio de Chirico, Autoportrait

Giorgio de Chirico - Autoportrait - 1922/1924
Giorgio de Chirico - Autoportrait - 1922/1924

Autoportrait de Giorgio de Chirico est une peinture sur toile peinte entre 1920 et 1922. Elle mesure environ 38 cm de haut par 51 de large. C'est l'un des nombreux autoportraits de l'artiste exécute dans ces années. Quand il peint cette œuvre, De Chirico est déjà un artiste établi internationalement. Il est connu comme l'inventeur, le théoricien et le chef de file de la peinture métaphysique. Les œuvres qui appartiennent à ce courant sont dominées par des atmosphères suspendues et énigmatique. Les objets détournés de leur contexte habituel, apparaissent comme une révélation soudaine et surprenante. En dépit d'être peint d'une manière réaliste, ils semblent perdre leur sens ordinaire et acquérir une valeur poétique. Le peintre évoque ainsi une dimension qui transcende la réalité quotidienne, et en créant des étonnants effets de désorientation.

 

Dans cet auto-portrait conservé au Musée d'art de Toledo (Ohio), De Chirico semble en tête à tête avec lui-même, ou plus précisément avec son double qui apparaît dans l’un sous les traits d’un buste de marbre. il s’agit presque d’un rêve les yeux ouverts et en pleine lumière, au milieu d’une réalité concrète, représentée par la fenêtre ouverte sur le monde extérieur. De Chirico, en costume sombre dans une pose pensive, voire mélancolique, s’interroge et semble ici s’extraire du monde pour devenir spectateur de sa personne. Mais contrairement à ce que l’on pourrait attendre, le peintre ne se regarde pas en face et préfère interpeller le spectateur et l’inviter à regarder cette autre image de lui-même, tandis que la statue, dont la froide présence glace l’ensemble du tableau, le regarde en face et semble le prier de cesser de se dérober.

 

À côté du marbre se niche une branche d’oranger qui donne la tonalité chromatique à l’ensemble de la composition et trouve un écho dans le chandail de De Chirico à droite, puis dans la perspective des bâtiments au second plan, qui forment un mouvement circulaire autour de l’agrume mystérieux. Comme tous les fruits à nombreux pépins, il a des significations différentes et on ne peut s’empêcher d’y lire une intention ironique de la part du peintre. Il peut symboliser la fécondité; à mi-chemin entre le jaune et le rouge la couleur orangée matérialise quelques fois le point d’équilibre de l’esprit et du corps. De Chirico voudrait alors insister sur sa capacité à se reproduire, mais aussi à produire, grâce à une subtile harmonie entre la raison et les sens. Cet attribut prend toutefois une toute autre signification lorsque l’on se réfère à l’une des réflexions d’Hebdoméros, le héros de son roman autobiographique: "…voici les oranges avec leurs fleurs obscènes aux symboles inavouables".

 

De Chirico s’amuserait-il à nous avouer de façon détournée l’inavouable? C’est à première vue ce qu’il veut nous faire croire, lorsqu’il rajoute à la signature du tableau G. de Chirico se ipsum. Si cela est vraiment le cas, alors pourquoi ne se regarderait-il pas en face, sans se soucier d’être vu? Ne serait-il pas plutôt en train de se jouer de lui-même, avec nous comme spectateurs? Ici l’ironie s’exprime par cette double vision que De Chirico a de sa personne. Pour cela l’artiste met en avant la contradiction qui réside dans les choses, dans les êtres, dans sa propre personne, pour proposer une image déconcertante de lui-même.

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