MARC CHAGALL, L’AUTOPORTRAIT AUX SEPT DOIGTS

 Marc Chagall - L’autoportrait aux sept doigts - 1912/1913
Marc Chagall, L’autoportrait aux sept doigts (1912 / 1913)

Né le 7 juillet 1887 à Vitebsk en Biélorussie, Marc Chagall à toujours été logiquement "marqué" par le chiffre sept. Installé au début de l'année 1912 à La Ruche (à Montmartre, au Bateau-lavoir et aux alentours), Chagall, s'il peint à Paris, son coeur et son esprit sont tournés vers la Russie où l'attend Bella Rosenfeld, sa première femme, qui aura une grande influence sur son travail.

 

Derrière lui nous pouvons apercevoir à travers une petite fenêtre, une vue sur Paris et la Tour Eiffel, emblème de la modernité de l'époque, flanquée d'un petit parachutiste atterrissant sur les toits. Devant lui, nimbées dans un nuage de nostalgie justement, l'église et les maisons de Vitebsk. Entre ses deux mondes, le nom des deux villes est inscrit en hébreux sur les murs de l'atelier du peintre. Vitebsk est donc dans le coeur de Chagall sa ville de sa naissance et Paris la ville où il a apprit à la peinture. Cette pratique artistique apparaît d'ailleurs aux yeux du peintre comme la possibilité de surmonter son déchirement existentiel.

 

La toile "A la Russie, aux ânes et aux autres" peintre entre 1911-1912 en hommage à sa Russie natale posée sur le chevalet de style néo-futuriste fait opposition au cubisme de son autoportrait. Chagall revêt lui-même un costume et un faciès cubo-futuriste comme pour affirmer sa place d'artiste novateur révélée au contact des avant-gardes parisiennes (Picasso, Braque, Gris, etc...). Ce tableau affirme la capacité de l'artiste à transfigurer la réalité, transfiguration qui touche la main du créateur dont le pouvoir semble démultiplié. En yiddish faire quelque chose "mit ale sibn finger" ("avec tous les sept doigts") c'est mobiliser toutes ses facultés rationnelles et irrationnelles.

 

Par ailleurs, vous pouvez remarquer que la couleur rassemblée sur la palette semble également composer un tableau. La tête de l'artiste et sa palette se répondent par leurs formes et leurs taches colorées presque similaires. Dans le tableau, Chagall semble avoir fini de peindre sa toile en hommage à son pays natal et la caresse nostalgiquement de sa main gauche comme on caresse un doux souvenir ou l'espoir d'y revenir un jour.

 

Chagall crée donc une sorte de mise en abîme dans le tableau renvoyant vers un autre espace et un autre temps à la façon des icônes russes Il veut à la fois faire admirer sa virtuosité artistique au spectateur et partager son histoire avec lui. Passer de ce qui est statique (la surface d'un tableau) à la dynamique du récit qu'il cherche à raconter et partager.


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