Série d’autoportraits numérotés, Roman Opalka (détails 2075998, 2081397, 2083115, 4368225, 4513817, 4826550, 5135439 et 5341636)

Roman Opalka - 1965 - détails 2075998, 2081397, 2083115, 4368225, 4513817, 4826550, 5135439 et 5341636
Série d’autoportraits numérotés - Détails 2075998, 2081397, 2083115, 4368225, 4513817, 4826550, 5135439 et 5341636

L’œuvre de Roman Opalka matérialise le temps qui passe. À la fin de chaque séance de travail (ou il inscrit la progression numérique élémentaire de 1 à l'infini sur des toiles de même dimension), Opałka se prend en photo sur fond blanc selon le même protocole: Cadre serré, éclairage lumineux et régulier, fond blanc, chemise blanche, cheveux qui blanchissent et autres signes de vieillesse, il vient peu à peu se fondre dans le fond, y disparaître. Le fait que ses toiles et ses photographies soient en noir et blanc et systématiquement réalisés dans les mêmes conditions enlève tout détail superflu, toute anecdote! Reproduisant toujours le même cadrage, la même lumière, le même point de vue frontal, le même processus… Renouvelant sans cesse le même dispositif, Opalka fait de sa vie une œuvre. Les autoportraits d'Opalka, présentés comme des photos d'identité frontales, avec ce regard fixé sur l'objectif et sur le spectateur, semblent défier le temps. Le dialogue permanent avec le temps qui passe, la progression de l’usure, la vieillesse est un face à face avec la mort incontournable. Et oui! Bien au-delà de l'appareil photo, et bien au-delà encore du spectateur, c'est la mort elle-même qu'Opalka sonde froidement du regard, dignement, crânement oserait-on dire, avec la pleine conscience qu'elle finira bien par le rattraper. Les autoportraits du peintre enregistrent donc l'écoulement inexorable du temps: "ce que je nomme mon autoportrait, est composé de milliers de jours de travail. Chacun d'eux correspond au nombre et au moment précis où je me suis arrêté de peindre après une séance de travail". Chaque nouveau portrait est une trace de sa présence encore vivante à un moment donné. De 1965 à 2011, l’artiste atteignit le nombre de 5.607.249, et réalisa des milliers de portraits, aujourd'hui célèbres en raison de sa démarche plutôt extrême, répétitive et rigoureuse. Dans le milieu artistique, son obstination est reconnue comme une forme de courage.

 

"On peut comparer ma vie à une performance semblable à toutes les vies actives, à tous les défis possibles, ceux d’un océanographe ou d’un alpiniste ou encore à la manière d’un artiste donnant, au cours d’une soirée, un happening de quelques heures, avec la différence qu’ici il s’agit de la durée d’une vie". Roman Opalka.


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