jeu.

27

janv.

2011

Dix Otto, Portrait de la journaliste Sylvia Von Harden (1926), analyse d'oeuvre

Portrait de la journaliste Sylvia Von Harden (1926) otto dix
Portrait de la journaliste Sylvia Von Harden (1926)

Au départ bien sûr, on est captivé par le physique singulier et presque tonitruant de la journaliste Sylvia Von Harden dont c'est ici le portrait. Le peintre allemand Otto Dix a dit lui-même qu'il voulait, avec ce tableau, faire "le portrait d'une époque". 0r en 1926, on est en plein dans les Années folles, dans ce temps suspendu entre deux cataclysmes où l'on essaie d'oublier la tragédie de la Première Guerre mondiale tout en faisant semblant de ne pas voir qu'il s'en prépare inéluctablement une autre.

 

Et c'est aussi une époque où émerge une nouvelle vision de la femme. Sylvia von Harden incarne à merveille cette femme différente qui exhibe les traits de sa non-conformité revendiquée de manière un peu stridente. D'ailleurs, avec son métier de journaliste, à l'époque essentiellement réservé à la gent masculine, Sylvia von Harden revendique une sorte "d'extraterritorialité" : elle est ailleurs. Sur le plan de la féminité comme sur le plan intellectuel. Elle fume en public, boit en public. Et arbore un monocle   pour le moins surprenant chez une figure féminine. Sans compter qu'elle n'est pas "belle" au sens d'une beauté classique : dentition trop visible, mâchoire chevaline, traits anguleux, coupe de cheveux très masculine, oreilles trop imposantes. Et mains si grandes qu'elles évoquent les araignées géantes de Louise Bourgeois. On remarque tout de même l'exquis raffinement de la bague qui contraste résolument avec l'aspect négligé du bas roulé au-dessus du genou. On ne peut pas ne pas voir qu'en dehors du blanc verdâtre de la table qui fait écho aux teintes blafardes du visage, toute la gamme chromatique du tableau décline un rouge écarlate.

 

Au reste où est-elle ? On dirait qu'elle se trouve à l'intérieur d'un café, dans une pièce close, sans porte ni fenêtres, un peu comme une prison. Malgré le support des paradis artificiels que sont le tabac et l'alcool, la jeune femme semble enfermée en elle-même comme dans cet espace vide aux murs d'un rouge délavé. Délavés comme si le monde, son monde était fragile ? Et c'est alors que le regard découvre la chaise, une chaise totalement Art nouveau. Otto Dix est bien conscient que l'Art nouveau de la Belle Epoque tiut en courbes, lianes et autres vagues a certes marqué le retour du féminin dans un monde hypermasculinisé. Mais ce retour à la fin du XIXème siècle a été ambigu pour la femme dans la mesure où il en a fait une antiréalité : un être un peu exotique et régressif enfermé dans des rôles dits naturels. Or assise sur cette chaise, Sylvia von Harden est une femme totalement Art déco : aucune trace de la sinuosité charmeuse de la courbe. Avec l'aspect anguleux de son corps et de son visage, avec le motif carré un peu sec et abstrait de sa robe, elle arbore à l'inverse une rigueur toute géométrique. Elle affirme haut et fort sa modernité, sa contemporanéité, sa volonté revendicative de casser les figures habituelles de la féminité.

 

On est pris par cette stridence qui se casse, qui s'éraille comme si cette femme était obligée de prendre le risque sinon de la laideur, du moins de la "non-joliesse", pour qu'on ne la range pas dans les catégories traditionnelles de l'épouse soumise et fidèle, de la femme-objet ou de la mère attentive. Et d'un seul coup, cette rigueur linéaire, cette ligne postcubiste... deviennent des éléments d'une stratégie nécessaire et douloureuse pour obliger l'homme à la regarder autrement. On perçoit alors dans le tableau d'Otto Dix le courage de cette femme, on entend son cri poussé dans le désert. Et en regardant son visage en forme de lame, on se dit qu'elle devait avoir intellectuellement un certain tranchant.

 

Christian Monjou.

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Commentaires : 11
  • #1

    booba le petit ourson (mercredi, 19 octobre 2011 16:23)

    :)

  • #2

    kikouuuubestaH' (mardi, 22 novembre 2011 09:56)

    TrOow'h biE3n ceuU'h siteêu'H !

  • #3

    teddy (jeudi, 31 mai 2012 16:52)

    merci pour cette analyse sa ma servi enormement pour mon projet histoire des arts

  • #4

    Benoit Caré (samedi, 02 juin 2012)

    Bonjour, Vous semblez bien connaitre cette oeuvre. Je ne trouve pas d'éléments indiquant comment cette oeuvre a été reçue par le public. A-t-elle été appréciée ? A-t-elle fait un scandale ? Qu'ont écrit les journalistes ? Merci à vous si vous pouvez m'aider (par une réponse ou des sites où je pourrai trouver une réponse). Cordialement, Benoit Caré (benoit.care1@free.fr)

  • #5

    celine (samedi, 03 novembre 2012 22:06)

    je trouve que c'est un très bon site en plus je suis en troisième et il m'a aidé pour mon histoire de l'art une épreuve qui compte pour le brevet alors merci beaucoup pour ce site

  • #6

    adonis (samedi, 06 avril 2013 12:12)

    Quel super site je suis actuellement en troisième et j'ai se tableau à travailler pour l'histoire des arts et avec se site je peux etre sur d'avoir une bonne note ; p

  • #7

    adonis (samedi, 06 avril 2013 12:17)

    Je rajouterait quand meme que otto dix la rencontre dans le celebre Romanischen Café il lui aurait meme dit : je dois vous peindre ! Il le faut absolument ! Vous representer toute une époque !

  • #8

    Dr Herzgof (dimanche, 26 mai 2013 13:49)

    Tres bon site, une tres bonne analyse de l'oeuvre, je vous en remet met felicitation le plus sinceres.

    Bien a vous

  • #9

    cgwirton (vendredi, 02 mai 2014 16:22)

    bonjour, je suis en troisième, et jai choisis cette oeuvre pour mon brevet dhistoire des arts. ce site est très bien, je suis sûr que jaurais une bonne note ! merci christian.

  • #10

    Lyna (lundi, 06 avril 2015 17:31)

    Quel est la problématique svp

  • #11

    Axelle (mercredi, 29 avril 2015 18:06)

    Où est la problématique svp ? Sinon très bon site !