mer.

26

sept.

2012

Jan Van Eyck, Les Époux Arnolfini (1434), analyse d'oeuvre

Les Époux Arnolfini (1434)
Les Époux Arnolfini (1434)

Ce tableau est sans aucun doute l’une des images les plus célèbres de l’histoire de la peinture. Paradoxalement, il est aussi l’un des plus mystérieux. Car son auteur, a doté son œuvre de détails minutieux qui, six siècles plus tard, donnent encore lieu à des interprétations divergentes. "Le Mariage Arnolfini" ou "Les époux Arnolfini" sont des noms que l'on a donnés à ce double portrait en pied laissé sans titre par l'artiste flamand Jan Van Eyck (1390-1441) et qui se trouve maintenant à la National gallery de Londres. L’œuvre peinte à l'huile sur un panneau de bois en chêne date de 1434 et ses dimensions sont de 82 x 60 cm.

Dans l’histoire de la peinture, cette oeuvre constitue le premier portrait "bourgeois" de l’histoire de l’art. Il est de ce fait une étape importante dans le passage de l’art et de la sensibilité médiévale à l’art et à la sensibilité de la Renaissance. Cette oeuvre cumule en effet les premières. C'est comme déjà précisé plus haut le premier portrait de personnages lambda. Les Arnolfini ne sont ni Dieu, ni des démons, ni des saints, ni même des souverains, mais simplement un marchand italien et son épouse. Des personnages réels avaient déjà figuré sur un tableau, mais pas pour eux-mêmes: Dans un genre pictural bien précis, celui des saintes Conversations, lesquelles représentaient les commanditaires du tableau aux côtés de saints. C'est aussi la première toile connue dans laquelle un artiste représente un intérieur bourgeois (et non un palais ou un lieu évoqué dans la Bible) et ce, avec force détails prouvant qu'il s'agit bien là d'une maison réelle. Sandales de bois boueuses, fenêtres à vitraux ronds, chapelet, chien, rien ne manque. Le Flamand Jan Van Eyck représente aussi les plus infimes reflets de lumière, les ombres ou les replis les plus discrets. La lumière venant de la gauche, de la fenêtre plus précisément éclaire le fond de la pièce et permet des jeux de lumière qui modèlent les formes avec délicatessse en leur donnant du relief. Les ombres donnent également une impression de profondeur.

Van Eyck a pratiqué l'espace suggéré sur une observation du réel, qui passe par le respect des proportions, la représentation de la réalité notamment en montrant la laideur de l'homme... Les souliers représentés en raccourci accentuent également l'effet d'espace suggéré: Avec au premier plan une paire de chaussures et une seconde à l’arrière plan, d'une taille plus réduite avec moins de détails, ce qui donne une illusion de profondeur. La composition de ce tableau s'organise autour des deux personnages principaux qui constituent le premier plan de l'oeuvre. La taille, ainsi que la position de l'homme et de la femme apportent une verticalité dominante à la peinture. L’espace est également partagé en deux: A gauche le banquier, à droite sa femme. L’homme est du côté de la fenêtre, il est l’homme d'affaires tourné vers l'extérieur. La femme, quant à elle, est du côté du lit, c’est l’épouse tournée vers le foyer. Les mains réunies des deux époux se trouvent pratiquement au croisement des diagonales, au centre du tableau et symbolisent leur engagement. En ce qui concerne la symbolique des couleurs: Le vert de la robe de la femme, ramenée sur son ventre, caractérise l'espérance d'une fécondité prochaine, contrairement au blanc de la coiffe qui lui, est signe de pureté, de virginité. Le marron et le noir, couleurs dominantes de la tenue du mari, exposent le symbole de l'autorité. Le rouge, issu en majeure partie du lit et du fauteuil, révèle l'intimité du foyer. La question de la fidélité, du péché et de la vertu est centrale dans la symbolique de ce tableau présentant des mariés.

Par sa description naturaliste d’un couple dans un intérieur bourgeois, fixé avec une grande précision de détails, le tableau marque le tournant de l’art sacré vers l’art profane. L'Homme devient ainsi le sujet, la préoccupation première de l'œuvre et s'inscrit dans la trame des idées humanistes de ce nouveau siècle qu'est la Renaissance. Vêtu d’habits somptueux, l’homme et la femme se tiennent debout dans la chambre nuptiale pour conclure les liens du mariage. La femme, Giovanna porte une robe de drap vert. La mode voulait à l'époque que la silhouette des femmes soit allongée et qu'elles aient un ventre proéminent. Ce qui est obtenu grâce à des coussinets sous la robe et une ceinture haute. Les manches de la robe sont garnies de fourrure. En dessous, elle porte un doublet, qui est vêtement long en toile ou en soies qui sert aussi de robe de chambre. Les cheveux sont enroulés et enveloppés dans une résille dorée sur les tempes. On y pose une coiffe. Elle porte également un double collier d'or et un anneau à l'annulaire. Et tout comme sont mari elle est déchaussée. Le costume de l'homme est constitué d'une Huque de velours, sorte de grand manteau au bord garni de fourrure, Un pourpoint noir aux poignets brodé d'or, vêtement court apparu vers 1340, des chausses, sorte de bas qui s'attachent au pourpoint et qui peuvent avoir des semelles ainsi qu'un chapeau de feutre.

Devant eux, un petit chien, symbole de la fidélité conjuguale. Les fruits posés sur le bord de la fenêtre symbolisent la tentation de la chaire et de l'adultère. La morale du mariage est alors rappelée. Les fruits sont placé en vis-à-vis de la femme qui est naturellement la première concernée par le péché. Sur le côté gauche du tableau, à travers la fenêtre on peut voir un oranger chargé de fruit. Ceci renforce la symbolique du péché. Et les fleurs de l'oranger représentent la jeunesse, le printemps et le début de la vie commune. Sur le lustre suspendu au-dessus d’eux, brûle une unique bougie symbolisant la présence du Christ lors d'un mariage où aucun prêtre n'est présent. Le peintre a fixé cette cérémonie dans son tableau et sa signature en fait le témoin des mariés : "Johannes Van Eyck hic fuit" (JVE fut présent), c’est l’inscription que l’on peut lire au-dessus du miroir, dans lequel on distingue les deux témoins de cette union. Le miroir a d'ailleurs, une grande importance dans cette œuvre. Le miroir entouré de dix petites scènes de La Passion et de la Résurrection (convexe, comme tous les miroirs du XVème siècle) permet de montrer la pièce d'un autre point de vue et accentue l'impression d'espace (il fait éclater les limites) en permettant de rendre visible, dans le reflet, la totalité de la pièce. Le miroir montre au spectateur ce qu'il ne peut voir c'est-à-dire ce qui se trouve hors cadre. Dans ce cas précis, on peut voir deux personnes supplémentaires. Une de ces deux personnes étant Jan Van Eyck, lui-même. Grâce au miroir, Van Eyck réalise discrètement son autoportrait et s'affirme comme un artiste important de son époque.


Sans compter la touche de réalisme novatrice et pointilleuse que lui permet l'usage d'un pinceau plus fin que ceux des autres peintres. Son secret? Il a fluidifié la peinture à l'huile avec de la térébentine ce qui donne aux couleurs l’éclat et la solidité que n’avait pas l’ancienne technique de la tempera à base d’œuf et de colle. Et cela aussi, c'est une première. Ce nouveau procédé pour peindre permit à Jan van Eyck de se démarquer des peintres des décennies précédentes. Son travail millimétré et méticuleux, grâce à l'utilisation de pinceaux extrêmement fins, lui permet donc de rendre chaque matière avec une grande habilitée dans les détails.

---> Retour à l'index des Analyses d'oeuvres Célèbres.

Écrire commentaire

Commentaires : 0