jeu.

13

sept.

2012

Joseph Mallord William Turner, Vapeur dans une tempête de neige (1842), analyse d'oeuvre

analyse d'oeuvre william turner
Vapeur dans une tempête de neige (1842)

En 1841, le peintre anglais Joseph Mallord William Turner, âgé de 66 ans, embarque sur un navire au port de Harwich, une ville située au nord-est de Londres. Peu après avoir quitté la rade, l'embarcation, prise dans une violente tempête de neige, est dangereusement bousculée par les vagues puissantes de la mer du Nord. Les marins s'affolent, mais l'artiste, lui, demande à être attaché au mât afin de pouvoir observer ce phénomène météorologique et, plus tard, en témoigner par la peinture.Et c'est ce qu'il fait l'année suivante en exposant le tableau à la Royal Academy sous le titre : Tempête de neige. Un vapeur, au large de l'entrée d'un port, faisant des signaux en eau peu profonde et avançant à la sonde. L'auteur était dans cette tempête la nuit où L'Ariel quitta Harwich. Vérité ou légende? On ne le sait pas, en tout cas cette anedocte est amusante! Retrouvez l'analyse de l'oeuvre ci-dessous:

 

Au premier abord, on ne perçoit qu’une coque sombre et un pavillon flottant en haut d’un mat. Mais on sent avec intensité la lutte contre une mer déchaînée et des rafales redoutables. On croit percevoir la force du vent et le choc des lames. Les détails sont comme dévorés par les ténèbres de l’orage que déchirent de grands éclats de lumière. On est là dans le domaine des sens, on ressent plus qu’on ne perçoit. Le sentiment de chaos et de tourmente est omni présent. On a l’impression d’être pris dans un tourbillon coloré qui disperse notre regard. On a à peine le temps d’apercevoir un détail que, ballotté par  la tourmente, notre regard est à nouveau happé par une trombe de touches colorées virevoltantes. Abasourdi par le mouvement, notre regard, sans cesse mobile, ne parvient pas à se stabiliser sur le support, ce qui amplifie l’impression de chaos.

L’œuvre en elle-même est composée d’une masse sombre en son centre, accolée à une tâche de lumière vive, ce qui a pour effet de contraster violemment l’organisation intrinsèque de l’œuvre. Après un temps d’observation, on peut voir apparaître l’horizon, à peine identifiable dans le déluge. Cette limite, floue, naît de la différence de tons employés pour traiter le ciel et la mer. Une des particularités de ce tableau est qu’il n’existe pas de lignes à proprement parler, juste quelques mouvements de couleur concentriques qui entraînent le spectateur vers le coeur du tableau, plongée du regard accentuée par la masse sombre  du centre. On a donc un seul plan intégrant un maelström visuel forçant le regard à plonger dans la toile comme dans une tempête.

Les couleurs sont extrêmement nuancées. On observe de nombreux dégradés. Le choix de la gamme des couleurs va plutôt aux tons neutres mais le tableau est sans cesse rehaussé de touches claires (blanc, jaune, bruns ocres, reflets orangés de la fumée dans l’eau). La vision qu’offre le tableau est donc plutôt chaude, vive et colorée. Les zones de lumière sont fortement contrastées entre elles, comme réparties au hasard, ce qui conforte cette impression de cafouillage perceptif. Les contours sont vaporeux, les dégradés subtils. On pourrait presque croire le tableau inachevé, le considérer comme une esquisse.

Dans ce tableau le mouvement est omniprésent, un mouvement à première vue anarchique et chaotique. Ce mouvement amène une impression de tempête, un bouillonnement  de touches colorées et de tâches de lumière. Le regard cherche désespérément une forme à laquelle s’accrocher, un peu comme une bouée au milieu d’un déluge. L’œil suit ainsi le mouvement de tourbillons imposé par la construction du tableau. A peine fixé, il est aussitôt appelé par les éclats de lumière qui parsèment le tableau. On a donc toujours le regard en mouvement. De surcroit, les couleurs éclatantes déclinées en de nombreuses tonalités et l’impression de se trouver au cœur de la tempête donnent littéralement vie au tableau.

 

Cette peinture (91 x 122 cm) se trouve actuellement à la Tate Gallery, Londres"Je n'ai pas peint pour qu'il soit compris, mais parce que je voulait montrer à quoi ressemble un tel spectacle; je me suis fait lier au mât par les matelots pour le contempler. J'ai été attaché pendant quatre heures, j'ai bien crû ne pas y survivre, mais je voulait le fixer si jamais j'en sortais vivant". Joseph Mallord William Turner.

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