mar.

21

juin

2016

Gustave Courbet, Le Désespéré (1843-45), analyse d'oeuvre

Le Désespéré (1843-45), Autoportrait, Gustave Courbet
Le Désespéré (1843-45)

Le Désespéré est un des autoportraits les plus célèbres de l'artiste français peint vers 1845 (45 x 54cm) alors qu'il avait 25 ans. C'est probablement le tableau le plus singulier et le plus mystérieux de la série des autoportraits de jeunesse de Gustave Courbet. Dans "Le Désespéré" Courbet s’attache à représenter un personnage en proie à la détresse, avec une expression saisissante proche de la folie. La saisie de l'expression est très réaliste et frappante: Ses yeux sont écarquillés et égarés, ses narines dilatées, sa bouche entr’ouverte, ses bras déployés dans une posture dramatique prêt à s'arracher les cheveux, etc... On a l'impression que son visage va se projeter hors de la toile.

 

Et le travail de la couleur accentue encore plus l'aspect d'une proximité physique avec le spectateur, d'autant plus que les touches de blanc qui frappent la surface du tableau contrastent avec la noirceur des cheveux et de la barbe, que l'écharpe déborde dans l'espace du spectateur et que l'éclairage venant principalement du coin gauche de la toile est totalement arbitraire. Un jeu de clair obscur (hérité des peintres hollandais comme Rembrandt) qui créé des contrastes : Lumière et ombre s'opposent. Toute distance semble donc être abolie entre l'image et la surface du tableau, et aussi entre le modèle et le spectateur. Nous n'avons pas d'autre choix que d'être confronté à ce regard insoutenable et perturbant, Courbet à tout fait pour que ça soit quasiment impossible pour le spectateur de détourner son attention du tableau.

 

Mais ce qui est étrange c'est que l'artiste nous regarde, mais on a pourtant l'impression qu'il n'a pas vraiment l'air de nous voir. Une tension énorme se dégage de cette toile, le visage est pâle, les cheveux en désordre, les tendons et les muscles tendus montrent tous les tourments auxquels semblent confronter le peintre. Ce style de représentation est très révolutionnaire pour l'époque car inhabituel, surtout que Courbet adopte un format paysage (horizontal et rectangulaire) alors que traditionnellement les portraits utilisent le format portrait (vertical). Mais ce n'était pas la première fois que Courbet choquait les consciences. Courbet, ce sont des vérités crues, parfois de l’arrogance et de la provocation, mais il est aussi habité par le doute et un désarroi intérieur à peine voilé.

 

"Avec ce masque riant que vous me connaissez, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire", écrivait Courbet lui-même, en 1854 à son mécène Alfred Bruyas.

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