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Histoire de l'Art

lun.

23

mai

2011

Lichtenstein Roy, Drowning Girl (1963), analyse d'oeuvre

Drowning Girl (1963) lichtenstein toy
Drowning Girl (1963)

Dans cette oeuvre "huile et peinture polymère synthétique sur toile (172 x 170)", datée de 1963 (exposée au Musée d’Art Modern à New York), Lichtenstein utilise l'héroïne d'une bande dessinée "Run for Love ! " publié par DC Comics en 1962. L’illustration originale, (le petit ami de la fille apparaissait à l’arrière plan, accroché à la coque d’un bateau) -une case de bande dessinée- est fortement agrandie, puisque la tête de la jeune fille mesure dans le tableau approximativement un mètre. Elle se noie dans une vague, dont le graphisme fait référence à La Grande Vague (1833), une gravure sur bois du Japonais Katsushika Hokusaï , allusion qui renforce le caractère décoratif au profit d'un effet visuel.

 

Cependant, l'ironie n'est pas absoute, puisque cette jeune femme semble se noyer dans le flot de ses propres larmes. Le phylactère révèle la mesure de son orgueil: elle préfère mourir que d'appeler à l'aide "Brad", le joli coeur. Remarquons que l'élégante vague qui se brise au-dessus de sa tête ne semble guère menaçante, si bien que le cri désespéré de l'héroïne a des accents mélodramatiques! Techniquement, le dessin de la jeune femme n'arbore aucun trait individuel. Elle nous apparaît très lisse, car l'imitation des points de trame colorie le tout presque uniformément et nous rappelle, in fine, que le modèle original est imprimé.

 

"J'avais le sentiment, explique l'artiste, qu'en peignant une image tirée d'une bande dessinée, je peignais le portrait de quelqu'un. Cette jeune femme en tant qu'élément d'oeuvre d'art, n'est pas la même chose que cette héroïne d'un récit de bande dessinée. L'image est peut-être ressemblante mais son sens ne saurait être le même. [...] Cela est lié au fait de placer cette image à l'intérieur d'une architecture formelle qui possède force et unité". Unité qui tient à la fois dans le dessin linéaire et dans l'utilisation parcimonieuse des couleurs. Notez que les cheveux de la jeune fille sont bleus -donc peu réalistes- mais l'on comprend qu'il faut se référer à des cheveux noirs. Remarquez encore que la main, parfaitement manucurée, est vide de toute tension, elle est réduite à un signe élégant totalement éloigné du drame original.

 

Qu'une jeune fille se noie, ou qu'un canon tonne, l'émotion de l'anecdote est aseptisée par un style froid, par des couleurs primitives et par l'absence de toute profondeur. Les objets eux-mêmes sont soumis à cette épuration : Câble électrique, Chaussette, Balle de Golf, ou Pelote de Fil relèvent du signe, voire du pictogramme. "Je suis intéressé par le fait que les visages en bande dessinée et assimilée soient si irréalistes et pourtant nous les considérons comme réalistes. Si vous parcourez le magazine, la fille est jolie sur l’image. Mais quand vous regardez attentivement ce qui la constitue, des traits noirs et des lèvres rouges, il n’y a rien de réaliste dans celle-ci. Cela m’intéressait de montrer de quelle manière une jolie fille dans un comics, ou un héros, peu importe, était façonnée par une sorte d’idéalisme conforme à ce que les gens devrait ressembler, le tout soumis aux contraintes et économies du processus d’impression." Roy Lichtenstein.

 

Source: Skynet.

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