jeu.

27

déc.

2012

Vincent Van Gogh, Champ de blé aux corbeaux (1890), analyse d'oeuvre

Vincent Van Gogh Champ de Blé aux Corbeaux (1890)
Champ de Blé aux Corbeaux (1890)

Le tableau est un paysage à l’ambiance sombre, dévoilant un champ au beau milieu de la campagne provençale. Au premier plan, à notre gauche, se dressent une série d’épis de blé courbés, au  centre,  une  route  sinueuse  s’enfonce  dans  les profondeurs du tableau tandis que les ébauches de deux autres voies s’écartent vers la droite et la gauche de la toile. Au dessus de la route médiane se détachent des corbeaux, dont le nombre croît à mesure que l’on se déplace vers le ciel. Derrière cette nuée de volatiles, un ciel d’un bleu obscure occupe l’arrière plan, voilant même un soleil que l’on devine à peine dans la continuité du chemin central.

 

Le peintre a choisi de représenter un paysage rural, un champ se situant à Auvers-sur-Oise,montrant la nature à l’état "sauvage", certes marquée par l’exploitation humaine (il s’agit d’un champ de blé). Le ciel, très sombre, ne permet pas de juger si la scène se déroule le jour ou la nuit, laissant un certain mystère sur l’instant réel saisi par le peintre. Quant aux oiseaux, à peine esquissés, ils laissent d’une certaine façon planer une menace sur la scène. Ce tableau se caractérise dans un premier temps par une grande simplification des formes, le peintre se contente d’appliquer de larges coups de pinceau pour dessiner ici les corbeaux, les épis de blé ou encore les routes.

 

Il donne au tableau une touche aux courbes très irrégulières, aux traits plus qu’approximatifs et aux contours que l’on peine à repérer. On remarque également sur le tableau un réel foisonnement de couleurs, vives et ternes, chaudes et froides. Du noir inquiétant des corbeaux au jaune à la fois clair et sombre du blé, Van Gogh joue sur les teintes. Il n’y a pas ici de couleur véritablement dominante mais une juxtaposition de touches très diverses. Le ciel orageux tapissé denuages violacés couronne le champ  aux épis d’un jaune orangé, bordant les chemins aux tons rougeâtres...

 

La composition s’organise selon un certain nombre de lignes de force:

 

- Une ligne horizontale qui semble onduler comme une mère en pleine tempête sépare tout d’abord le champ et l’horizon formé par le ciel et les oiseaux. L’effet de mouvement qu’apporte le vol des oiseaux, l’ondulation du ciel ou encore les épis de blé battus par le vent démontre la façon libre de Van Gogh d’aborder l’espace du tableau et l’approche de la perspective classique.

- Chacun des chemins divergents crée une ligne qui traverse la toile et se perd vers la droite, la gauche ou encore  l’horizon. Ce qui créer  une  impression  de  profondeur,  soit  en  s’enfonçant  jusqu’à  l’horizon tourmenté, soit en s’écartant vers les bords du tableau comme pour le prolonger. Ils représentent également trois voies sinueuses allant dans des directions différentes et semblent ainsi faire échos aux sombres pensées et à l’indécision  de  l’artiste.

 

Van Gogh attache ainsi une importance non négligeable à la perspective, en  donnant  une  grande  profondeur  à  son  tableau.  L’horizon  se démarque clairement des champs de blé alors que la procession des corbeaux nous invite à explorer ce que l’artiste ne montre pas, l’obscurité profonde du ciel en dehors du tableau. On ne repère d'ailleurs aucune source lumineuse, pas unseul effet de réflexion et les champs ne renvoient pas de réel éclairage. La lumière semble absente... Comme pour la plupart de ses toiles, Van Gogh utilise ici de la peinture à l’huile et a sûrement étalé les couleurs à l'aide d'un couteau ou d'une spatule.

 

Considéré par beaucoup comme le dernier tableau de Van Gogh, cette toile apparaît comme son "testament pictural". Ainsi,  Le Champ de blé aux corbeaux, dernière œuvre majeure de Van Gogh, se fait le reflet des tourments qui agitent l’artiste. Rappelons en effet que Van Gogh, lorsqu’il peint le "Champ de blé aux corbeaux" se trouve dans un état de confusion mentale très avancé. Récemment sorti de l’asile de Saint Rémy, il cherche visiblement à extérioriser à travers la peinture un trouble, une sorte de souffrance psychologique. L’artiste, au comble du désespoir, trouve dans cet immense champ de blé désert traversé par un vol de corbeaux un espace capable d’exprimer son désarroi.

 

Source: Baptistin Rumeau.

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