lun.

17

déc.

2012

Léonard de Vinci, Mona Lisa "ou" La Joconde (1505), analyse d'oeuvre

La Joconde de Léonard de Vinci
La Joconde ou Mona Lisa (1503-1506)

Cette œuvre "La Joconde" (1503-1506), l’une des plus connue à travers le monde, est une peinture réalisée par Léonard de Vinci. Officiellement ce tableau porte le nom de "Portrait de Mona Lisa", soit le nom du modèle qui y est représenté. La Joconde est une peinture à l’huile sur panneau de bois (79,4cm x 53 ,4cm pour une épaisseur de 1,4cm), du peuplier pour être précis. En effet, au début du XVIe siècle le bois est encore dans toute l’Europe le support traditionnel des tableaux religieux et des portraits (Musée du Louvre, Paris, France). Vinci considérait ce tableau comme une étape si importante de son travail et de ses recherches qu’il ne l’a jamais donné à son acheteur! Il l’a gardé jusqu‘à sa mort en France et c’est comme cela qu’il est rentré dans les collections du Louvre.

 

Le décor: Mona Lisa est assise dans une loggia, une sorte de balcon. Derrière elle, on voit le paysage qu’elle regarde d’habitude: Des vallées, un fleuve avec un pont, des chemins qui serpentent et guident le regard jusqu’au fond de l’image. Le paysage paraît flou, Léonard de Vinci traduit la réalité observée avec honnêteté, on ne voit pas tout parfaitement, notre oeil fonctionne comme un appareil photo qui fait une mise au point sur certains éléments et laisse lesautres flous. C’est le cas du paysage ici, puisque le portrait est net et détaillé. Le peintre à mis au point une technique appelée sfumato (dégradé en italien) qui permet de passer d’un plan à l’autre de l’image de manière douce, sans limites nettes ou contours aux lignes dures. Plus on s’éloigne, plus le paysage se fond dans une sorte de brume, jusqu’aux montagnes qui se confondent avec le ciel.


Les couleurs et la lumière: Léonard de Vinci n’utilisait pas beaucoup de couleurs différentes, surtout pas de couleurs fortes. Il préférait les images douces pour les yeux. Sur sa peinture, le regard peut glisser d’un nuance à l’autre, comme sur du velours. Le tableau que l’on connaît aujourd’hui ne ressemble pas à celui qui fut peint il y a 500 ans. Les couleurs sont devenues plus foncées à cause de la lumière et de la peinture qui s’est oxydée à l’air. La surface s’est craquelée, le vernis a bruni. Mona Lisa avait sans doute le teint plus clair, le ciel devait être plus bleu. Le tableau semble plus sombre que d’autres oeuvres de la même époque car Vinci a révolutionné le rôle de l’éclairage. Les ombres et la lumière étaient surtout considérées comme des symboles du mal et du bien, on peignait donc le moins d’ombre possible et surtout, cela n’avait aucun rapport avec la réalité physique et scientifique de l’observation de la lumière. Léonard de Vinci a procédé d’une vision scientifique en donnant une égale importance à l’ombre et la lumière dans ce tableau, et non plus d’une vision religieuse. Les mains, notamment, sont très bien éclairées, pour souligner le caractère paisible et calme du modèle. Les autres parties éclairées du tableau sont le visage et la gorge, qui sont aussi le centre de la composition.

 

Technique: La douceur, la légèreté, le velouté de l'image sont issus dune technique appelée sfumato, que Léonard de Vinci maîtrisait parfaitement. Cela signifie "enfumé", "vaporeux". Les lignes et les contours disparaissent et semblent se fondre les uns dans les autres grâce à la superposition raffinée de plusieurs couches de peinture. ("glacis") Il en ressort une impression de douceur et de sérénité. De Vinci a également déposé à la surface de sa peinture une superposition de glacis lui permettant d’ombrer subtilement sa composition. Le système fonctionne comme un verre opaque: Chaque couche translucide lui permettait de jouer sur des variantes dans les clartés et les coloris. Une analyse du tableau aux rayons X a démontré de manière frappante l’absence de tracés autour de la silhouette de Mona Lisa, qui apparaît comme une forme nébuleuse, presque fantomatique. Pour obtenir un tel étalement, certains experts pensent que de VINCI devait peindre avec ses doigts; Plusieurs empreintes digitales ont d’ailleurs été retrouvées dans les couches de peinture du tableau. Léonard de Vinci aurait mis au moins 10 000 heures pour peindre à l'huile et à la loupe sa Joconde.

 

Les valeurs humanistes: La Renaissance, c’est aussi l’esprit humaniste qui se manifeste par l’apparition d’un nouveau genre : le portrait et plus précisément, la représentation du visage, un portrait qui est à la fois affirmation du corps du modèle et expression de la personnalité. Ainsi, la Joconde n’est pas seulement le portrait d’une femme, c’est aussi le portrait d’une expression. Le sourire de la Joconde est selon une étude du Conseil national de recherches du Canada (2006), le sourire d’une femme enceinte ou qui vient d’avoir un enfant. Il exprime la sérénité heureuse (en italien: Giocondo signifie heureux, serein), la féminité, la Maternité. (…) La technique du sfumato permet de peindre l’âme en noyant les contours derrière une "vapeur" de couleur, et idéalise ainsi le visage humain. Le visage est l’expression de la spiritualité, ce qui n’est possible que grâce à cette confiance dans l’être humain que véhicule l’idéal humaniste. (…)

 

Le sourire de la Joconde constitue un des éléments énigmatiques du tableau, qui a contribué au développement du mythe. Son sourire apparaît comme suspendu, prêt à s'éteindre. Ce sourire est remarquable puisque il est l’un des premiers dans l’histoire de la peinture. "C'est Léonard qui a inventé l'idée de faire un portait avec un sourire. Il n'y a pas de portrait souriant avant La Joconde (...)". Daniel Arasse. C’est la première fois qu’un portrait donnait à ce point l’illusion de la vie: Au lieu de la peindre avec des traits figés, comme c’était l’habitude, Léonard de Vinci lui a donné une expression fugace, une sorte de demi-sourire mystérieux et un regard doux dont on dit qu’il suit les spectateurs... Depuis des siècles, son expression indéchiffrable, son sourire fantomatique, fascinent ceux qui voient dans ce portrait bien plus qu’un simple visage.

 

La Joconde est devenue un tableau mythique car à toutes les époques les artistes l'ont prise comme référence. A partir du XVIème siècle, nombreuses furent les copies et imitations (CorotRobert Delaunay, Léger). Au XXème siècle les surréalistes comme Dali ou Duchamp détournèrent le tableau pour montrer leur opposition à l'art établi. Et d'autres artistes lui rendent hommage: Rauschenberg, avec sa Pneumonia Lisa (1982), la "Mona Lisa"de Giovanopoulos (1988), "Thirty are better than one" (1963) de Warhol, un ready-made de Spoerri et un autre de Filliou ("La Joconde est dans l'escalier").

 

Devant ce visage, ceux qui désiraient savoir ce que peut l'imitation de la nature par l'art lecomprenaient sans peine. Le modelé de la bouche, avec le passage fondu du rouge des lèvres àl'incarnat du visage, n'était pas fait de couleurs mais de chair. Au creux de la gorge, le spectateurattentif saisissait le battement des veines. Il faut reconnaître que l'exécution de ce tableau est à fairetrembler de crainte le plus vigoureux des artistes, quel qu'il soit”. Giorgio Vasari.

 

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